Accompagner la transmission d’entreprise de père en fils : Interview de Matthieu Barro

Laure Franck publié le 23 avril 2021

« Depuis 1884, six générations de la même famille perpétuent la passion du bois à Carouge. » À elle seule, cette phrase résume la formidable aventure entrepreneuriale et humaine de la société BARRO. De père en fils, la transmission a su s’opérer afin de perpétuer l’héritage, et permettre ainsi à BARRO de s’inscrire durablement sur son marché.

En 2018, Jean-Luc Barro et son fils Matthieu font appel à Ismat pour les aider à réussir cette passation, sur fond de dialogue rendu difficile entre le père et le fils depuis quelques années. Augusto Balerna, consultant Ismat, les a accompagné pendant plusieurs années – de manière collective et individuelle -, jusqu’en janvier 2020, date à laquelle Matthieu Barro a officiellement repris les rênes de la société.

Rencontre avec Matthieu Barro, l’occasion d’en apprendre plus sur tous les tenants et aboutissants de cette transmission d’entreprise. Des propos étayés par la perception – à l’issue de l’interview – du consultant Ismat, apportant ici son expertise et son regard externe.

 

  1. On l’a dit en préambule, vous avez fait appel à Ismat en 2018 dans le cadre d’une transmission d’entreprise de votre père, à vous-même. Pouvez-vous nous en dire plus sur ce contexte, et sur les raisons de votre choix de collaborer avec Ismat ?

Je commencerais par répondre par la deuxième question pour que l’on comprenne bien le cheminement. En 2017, j’ai assisté à une formation sur la gestion du stress et la surcharge des équipes donnée par Ismat. Au terme de cet évènement, j’ai eu l’occasion d’échanger avec le consultant Augusto Balerna, sur mes propres problématiques entrepreneuriales, soit un rapport difficile avec mon père dans le cadre de l’entreprise familiale, avec en filigrane l’idée de transmission de père à fils de la société. Augusto m’a alors proposé de nous rencontrer afin de voir si un suivi par Ismat pourrait être envisageable, c’est à dire si moi et mon père serions prêts à nous mettre autour de la table pour discuter. C’est à partir de là que le coaching a pris forme.

  1. Concrètement, comment l’accompagnement s’est-il déroulé ?

Après une première rencontre tripartite (moi, mon père et la société Ismat), puis individuelle, nous avons décidé de faire un point par mois. Parfois ensemble, parfois séparément. Faire appel à un prestataire hors de nos murs a permis d’apporter cet œil externe devenu nécessaire pour décanter et analyser les choses de manière neutre, tout en nous donnant dans le même temps des solutions pour avancer.

Ce n’était pas juste de l’écoute, mais aussi un véritable accompagnement pratico-pratique. Un accompagnement qui s’est vraiment fait de manière évolutive, bienveillante et suffisamment coordonnée pour apporter ce cadre nécessaire, tout en laissant assez de leste à la « bride » pour que nous nous sentions à l’aise.

Ce qu’il faut aussi savoir, c’est que ni mon père ni moi n’avons une formation spécifique à la gestion d’entreprise, mon père a tout appris sur le terrain et moi à travers son expérience. Ce fut donc à ce titre très intéressant et enrichissant d’avoir à nos côtés quelqu’un qui est en relation constante avec des fonctions dirigeantes, et qui a pu nous donner des conseils extrêmement utiles sur la posture de Directeur. Dans le cadre du dialogue avec mon père liée à la passation, cela a permis de sortir de l’émotionnel pour aller vers un côté beaucoup plus rationnel, pratique, et d’avancer ainsi de manière beaucoup plus sereine dans la discussion.

  1. Avez-vous rencontré des difficultés lors de cet accompagnement, et si oui comment ont-elles été surmontées ?

Je dirais que la principale difficulté résidait dans la manière que nous avions, mon père et moi, de communiquer. Au début de l’intervention nous étions dans un véritable  dialogue de sourds, nous poussant ainsi systématiquement dans impasse lorsqu’il s’agissait de trouver des solutions. Via l’accompagnement d’Ismat, les points de tension ont pu être identifiés, soit directement via le consultant les énonçant lui-même et nous rendant vigilant sur ce que l’autre ressentait, soit via mon père ou moi lors des discussions tripartites.

Sans ce cadre, nous aurions été incapable de nous parler de manière à ce que l’autre nous entende !

L’autre difficulté majeure était liée à la place donnée au côté émotionnel, qui prenait le dessus sur tout. Là encore, grâce à l’intervention d’Ismat et le cadre posé, nous avons petit à petit replacé le curseur sur l’aspect rationnel, et c’est vraiment cela qui a permis d’entrer plus en profondeur dans la discussion et de préparer de manière pratico-pratique la transmission de la société.

  1. Venons-en maintenant aux résultats, pouvez-vous nous faire un état des lieux au terme du mandat d’Ismat ?

Le plus important, la raison derrière toute la cristallisation des tensions, est le fait que la transmission se soit faite en début d’année 2020, et de manière sereine je tiens à le préciser. C’est l’aboutissement de tout ce travail d’accompagnement, et la plus belle des réussites.

De manière corrélée, le fait d’avoir réussi à réactiver un dialogue intergénérationnel est un autre résultat bien évidemment très positif, là encore le fruit de ce coaching.

Enfin, je dirais que l’accompagnement fait par Ismat a également su poser un cadre bénéfique à l’ensemble de l’entreprise, en nous sortant aussi un peu la tête du guidon et en nous incitant à nous poser certaines questions sur le rôle du manager d’une PME comme la nôtre aujourd’hui.

Les résultats, tous positifs, sont donc aussi directs qu’indirects, et continuent à nous accompagner aujourd’hui.

L’œil de l’expert, Augusto Balerna : « Pour moi, le plus grand défi fut d’arriver à faire fi de l’émotionnel afin de leur permettre (au père et au fils) de se parler, d’avoir une discussion saine. Il a fallu sans cesse composer avec ce mix entre émotionnel et rationnel, pour que ce dernier finisse par prendre le pas et permette ainsi d’ouvrir réellement le dialogue sur des bases assez solides pour aller de l’avant. Car, n’oublions pas qu’il s’agissait ici de transmettre une entreprise d’un père à son fils, un enjeu de taille avec un niveau de responsabilité très important ! Le process s’est donc concentré dans un premier temps sur une approche que je qualifierais de « méta », afin de prendre le pouls des attentes, des points de litige, cerner les deux personnalités etc., puis s’est affinée au fil des séances, nourrie par les échanges en individuel et avec les deux parties prenantes. C’est le process de l’entonnoir, mais avec ici des allers-retours, des retours en arrière parfois, selon la « température » du dialogue à l’instant T. Pour finir par se décanter au bout de quelques mois, et une fois le dialogue mis sur des rails solides, le train a pu se mettre en marche en suivant une ligne directe, jusqu’à aboutir à une transmission d’entreprise réussie. »

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