Absentéisme ? Lorsque c’est l’entreprise qui est malade !

Serge Behar
Serge Behar publié le 17 avril 2019

L’absentéisme au travail ? Tout le monde en parle, certains agissent ! Pour tenter d’enrayer cette spirale, les entreprises offrent des fruits à leurs employés ou la vaccination contre la grippe. D’autres proposent des massages ou des rabais sur un abonnement de fitness. C’est bien, mais insuffisant. Et si c’était l’organisation qui était malade ?

Constats

Les entreprises et collectivités publiques sont alarmées par l’augmentation générale du nombre de cas d’absences non planifiées. Et ce d’autant plus que la majorité d’entre elles doivent déjà fonctionner en sous-effectif. Les coûts directs et indirects conséquents à ces absences font réagir les DRH et les responsables hiérarchiques, notamment dans cette période de tensions économiques. L’augmentation des primes d’assurance APG et l’augmentation du nombre des demandes AI confirment cette tendance. Le taux de sinistralité annoncé par les assurances provoque la nécessité d’agir de manière efficace.

ILS ont trouvé LA parade

Dans ce contexte, beaucoup s’improvisent experts ou médecins. Certains DRH croient avoir trouvé LA parade : verser une « prime zéro maladie » aux personnes toujours présentes. Voici une excellente mauvaise idée, car nous ne sommes pas tous égaux devant la maladie et cette mesure risque de produire des absences de longues durées. D’autres Services des Ressources Humaines ont décidé d’exiger un certificat médical dès le 1er jour… pour TOUS ! Encore une superbe idée désastreuse. En effet, avec cette mesure, on observe 2 avenues possibles : soit (par peur) les employés viennent travailler malades, soit le nombre de cas d’absences reste le même, mais leur durée s’allonge (passant souvent de 3 jours à 10 jours par cas), augmentant ainsi le nombre de jours manqués. En outre, cette mesure engendre un sentiment de méfiance dans l’organisation, créant ainsi de nouvelles frustrations. Quel gâchis !

« Nous ne sommes pas tous égaux devant la maladie »

« Les approches coercitives sont catastrophiques pour endiguer l’absence »

« Certaines directions ont déclaré la chasse aux tricheurs : vous savez… ceux qui sont systématiquement absents le vendredi ou le lundi ».

Le jugement sur les absences

Notre leitmotiv est « ne pas juger les absences, mais les gérer ». Un fort malentendu est également constaté sur l’analyse des courbes d’absences annuelles. Après d’interminables heures de production et d’analyse de tableaux Excel indigestes, d’aucuns décrivent comme une fatalité le constat d’un pic d’absences en janvier à cause de la grippe. D’autres encore jugent que la période de Paléo, de la Foire du Valais ou de la St-Martin sont propices aux absences maladie. Et ceci sans compter les directions qui ont déclaré la chasse aux tricheurs : vous savez « ceux qui sont systématiquement absents le vendredi ou le lundi ».

Que de jugements stériles et de méthodes de calcul erronées ! D’une part, l’absence n’est pas forcément due à une maladie. En se basant sur la confiance et l’équité de traitement, le manager pourra mener un entretien afin de vérifier si les conditions de travail provoquent ces absences.

D’autre part, la méthode de calcul du taux d’absences du 1er janvier au 31 décembre n’est pas la bonne formule. Pour être pertinent et exploitable, un taux d’absence se calculera toujours sur les 12 derniers mois consolidés. Et ceci en détaillant clairement les 6 catégories de courtes et longues durées, tout en tenant compte également des fluctuations du personnel.

« Une personne en bonne santé physique ou psychique viendra travailler avec plaisir et motivation. A condition que le poste soit intéressant »

Principales situations favorables au déclenchement des absences

1. Refus de congé
2. Changements
3. Horaires
4. Ambiance
5. Surcharge
6. Supérieur

Les collaborateurs sont-ils malades de leur emploi ?

Oui, parfois ! Nous avons l’intime conviction que chaque employé a la sincère volonté de fournir une prestation de qualité. Une personne en bonne santé physique ou psychique viendra travailler avec plaisir et motivation. A condition que le poste soit intéressant, que l’activité ait du Sens, que le climat social soit positif et que les conditions managériales et matérielles soient optimales. Certes, un refroidissement, une blépharite ou une entorse peuvent toujours arriver. Dans ce cas, le salarié restera à la maison et reviendra au travail une fois guéri. Ce type d’absences incompressibles existera toujours.

Dans les organisations où les règlements ou procédures ne sont pas appliqués avec rigueur (par exemple : annonce d’absence par SMS), nous constatons que le nombre de cas d’absences perlées est beaucoup plus élevé. Lors de l’analyse des entretiens de bilan ou des audits, nos constats révèlent que nombre de salariés sont malades de leur travail.

« La maladie touche parfois l’organisation, pas forcément l’employé »

Tout savoir sur les raisons des absences

En plus de 20 ans d’expérience, au travers de nombreux audits et de milliers de workshops, Ismat group a identifié un grand nombre de raisons (autres que la maladie ou l’accident) qui peuvent être à l’origine des absences non planifiées. Les maladies de l’entreprise se trouvent souvent dans les conditions de travail matérielles, organisationnelles, relationnelles ou managériales. L’intérêt du travail contenu dans le cahier des charges est également très important.

Nous pouvons citer pêle-mêle des raisons d’absences telles que : frustration professionnelle, démotivation, double employeur, insatisfaction sur la rémunération, manque de reconnaissance, mobbing, surmenage, conflits dans l’équipe, conflits avec le supérieur direct, changements d’horaires ou encore insécurité au travail. A la lecture de ce qui précède, force est de constater que la maladie touche parfois l’organisation et non pas l’employé. A ceux qui accusent certains médecins de complaisance, nous répondrons ceci : « Réfléchissons un peu… quelles sont les raisons qui pourraient amener un employé à demander un certificat médical sans être vraiment malade ? ».

Signes avant-coureurs annonciateurs d’absence

1. Maux divers
2. Baisse de la motivation
3. Changements de comportement
4. Fatigue accumulée
5. Heures supplémentaires non maîtrisées
6. Stress chronique

Erreurs de management propices au déclenchement des absences

1. Manque de dialogue
2. Iniquité de traitement
3. Changement d’organisation
4. Manque de gratitude
5. Objectifs difficiles
6. Salaires trop bas

Pour réduire les absences maladie, l’entreprise doit d’abord guérir !

Directions Générales, Directions des Ressources Humaines et Managers de proximité, ce message est pour vous. En moyenne 30% des absences maladie/accident sont justifiées et ne devraient pas être remises en cause. Celles-ci représentent les absences non-compressibles.

Il reste donc 70% des absences qui peuvent être liées aux conditions de travail. C’est sur ce type d’absences que le manager de proximité peut agir.

Actions de management propices à la réduction des absences

En conclusion, c’est souvent l’entreprise, le département, l’organisation ou l’atelier qui sont malades. Le graphique ci-dessous, décrit quelques exemples d’actions faciles à mettre en œuvre pour améliorer les conditions de travail et ainsi réduire les absences dites « compressibles ».

1. Informer et dialoguer
2. Impliquer et responsabiliser
3. Être courtois et à l’écoute
4. Encourager et féliciter
5. Planifier et organiser

7 recommandations pour réduire durablement les absences

1. Appliquer le règlement du personnel de manière juste et équitable
2. Tenir un tableau de bord précis, en temps réel, de tous les cas d’absences non planifiées
3. Mener des entretiens informels réguliers pour valider les conditions de travail
4. Ne pas juger les absences, mais les gérer. Agir en prévention en protégeant l’intégrité des salariés
5. Former les managers à la gestion des absences et aux principes de reconnaissance
6. Mettre en place une GSE digne de ce nom, respectueuses des normes légales
7. Informer les employés du réseau de prestations en place offert par l’organisation

Alors ? Votre organisation est-elle malade ?

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