Est-ce qu’un « Salut les poulettes » lancé à des collaboratrices relève du harcèlement sexuel ? Ne pas inviter un collègue à la pause-café, est-ce du mobbing ? Gifler sa collègue en plein travail, de quel type de conflit parle-t-on ?
En partant de situations réelles, Marie Guerin, consultante formatrice senior à la Clinique du Travail (société Ismat Group) a amené le public issu du secteur culturel à réfléchir sur ce que sont les Risques Psychosociaux au travail (RPS) : comment les caractériser, à quel moment tirer la sonnette d’alarme, et quelles solutions existent pour garantir un cadre de travail sain ? Des apprentissages qui dépassent le secteur uniquement culturel car, comme le rappelle l’experte, « cela n’existe malheureusement pas un environnement professionnel où il n’y a aucun problème ».
Mettre des mots sur les maux
En Suisse, les entreprises ont l’obligation d’assurer la santé physique ET psychique des collaborateur·rice·s. Mais de quels maux exactement parle-t-on ? Quels sont les symptômes d’une dégradation de la santé des équipes ? Comment repérer les signaux avant-coureurs ? « Prévenir, c’est d’abord être capable de mettre des mots sur les maux » rappelle Marie.
Mobbing, harcèlement sexuel, situation de conflits, stress chronique … le champ lexical est vaste et les contours de chaque risque psychosocial, précis.
Là où une situation dite de « mobbing », doit être récurrente, il suffit d’un seul acte mettant un·e collaborateur·rice dans l’inconfort pour potentiellement relever d’un cas de « harcèlement sexuel ».
Idem avec un conflit, qui peut relever d’une situation unique, là où le stress, pour être qualifié de chronique, doit être vécu par la personne pendant environ 6 mois.
Et alors, ce fameux « Salut les Poulettes ! », dans quelle catégorie le mettre ? Pour Marie, tout va dépendre de l’inconfort ressenti ou non par les personnes visées et/ou les éventuels témoins de la scène. « S’il y a inconfort, même chez une seule personne (témoin ou destinataire du message), alors on peut entrer en matière sur le champ du harcèlement sexuel. »
Qui ne dit mot, consent. Qui agit, aide.
Comment (ré)agir face à des situations problématiques ? « Ne surtout pas rester sans rien faire » insiste l’experte. « Ne rien dire, c’est accepter que la situation ne soit pas problématique, or elle l’est dès lors que nous sommes en présence d’un inconfort, d’une mise à mal de la santé psychique ou physique d’un·e collaborateur·rice. » Aider, c’est parfois juste apporter son soutien en allant voir la victime. C’est parfois aussi activer d’autres leviers, en en référant plus haut pour alerter.
Le silence peut aussi être un « fauteur de troubles » inconscient, comme dans le cas de ces conflits dits « froids », ceux où on ne se dit pas les choses (à l’inverse d’un conflit « franc », comme dans le cas de cette personne ayant giflé sa collègue). Une collègue qui nous évite subitement pendant plusieurs jours ? Ne plus lui parler, voici le réflexe naturel et commun. Résultat ? La situation s’enlise.
Personne de Confiance : la ressource clé
Vers qui se tourner quand ça va mal ?
Comment oser parler, sans être mise au ban d’une compagnie de théâtre, sans voir sa réputation entachée dans un milieu culturel où tout le monde se connait ?
Comment agir, réagir, lorsque l’on assiste ou que l’on a vent de comportements inacceptables ?
Neutralité. Anonymat. Confidentialité.
Trois mots pour résumer un service clé que toutes les entreprises, tous secteurs confondus, devraient avoir selon le Seco : le service Personne de Confiance.
À la Clinique du Travail, ce service est proposé depuis plus de 20 ans aux entreprises, associations, fédérations, etc. quels que soient leur taille ou leur secteur d’activité.
Le fonctionnement de la PCE est simple : une adresse e-mail et une ligne téléphonique mise à disposition des collaborateur·rice·s sur laquelle échanger, en toute confidentialité avec les professionnels qualifiés de la Clinique du Travail, formés à l’écoute active et à la gestion des situations sensibles.
« Au cœur de cet espace neutre, nous ne sommes pas là pour juger mais pour permettre à quiconque – victime comme témoin d’une situation problématique, difficile, sur son lieu de travail ou sur le plan personnel avec des répercussions dans sa vie professionnelle – d’en parler avec des spécialistes. »
En parler, pour ne pas laisser des situations s’enliser. Pour ne pas tolérer l’inacceptable. Pour assurer aussi un cadre de travail sain, et donc pérenne, pour le reste des équipes, et les prochain.e.s.
Un grand merci à Marie Guerin pour ces clés de compréhension indispensables !
Pour en savoir plus sur le service Personne de Confiance
Prévention des RPS : un enjeu humain, un levier de transformation